Parler avec les morts ? 
Une journaliste témoigne...

 

Journaliste à Radio-France, Patricia Darré mène une vie tout à fait normale lorsqu'un curieux événement transforme son existence. Depuis, elle serait devenue un « intermédiaire » entre le monde des morts et celui des vivants.
Journaliste à Radio-France et mère d’un petit garçon depuis quelques semaines, Patricia Darré mène une vie tout à fait normale dans son Berry natal, quand une nuit de septembre 1995, un curieux événement transforme son existence. Au creux de son oreille, une voix lui ordonne : « Lève-toi et prends un papier et écris. » Sans comprendre ce qu’il lui arrive, Patricia, pourtant effrayée, s’exécute. « Soudain ma main part à toute vitesse : ce n’est pas mon écriture, les mots se touchent et il y a beaucoup de fautes d’orthographe. Haletante, la peur au ventre, je griffonne la feuille comme si j’étais prise de convulsions. Au bout de quelques lignes, ma main s’arrête. Je reprends mon souffle et déchiffre le message : « A partir de maintenant, tu es en contact avec l’autre dimension (...) Tu ne le feras pas quand tu voudras mais quand cela sera nécessaire. »

Depuis 17 ans, Patricia Darré serait devenue un « intermédiaire » entre le monde des morts et celui des vivants. Elle affirme secourir les esprits perdus en les aidant à s’élever vers la lumière. Elle met également sa « possibilité » - c’est ainsi qu’elle appelle cette faculté médiumnique - gratuitement au service de ceux qui ont besoin d’entrer en contact avec un proche disparu « soit parce qu’ils veulent se sentir rassurés soit pour régler un éventuel contentieux qui apaisera leur conscience ». 
A travers ce livre qui relate quelques-unes de ses expériences avec l’autre monde, Patricia nous explique également comment nous libérer de nos peurs, et de nos attaches trop matérialistes pour devenir les artisans de notre propre bonheur.
Rencontre avec une femme pétillante et exceptionnelle, convaincue qu’il existe bel et bien une vie après la mort:

Comment avez-vous vécu, il y a 17 ans, ce premier contact avec l’autre monde?
 
Très mal ! Je me suis dit « ma fille, tu deviens folle, va consulter ! ». Et je me suis demandé ce qu’il se passait, ce que j’avais bien pu boire ou manger. Puis, quand j’ai vu que ça perdurait, je me suis immédiatement rendue chez le psy. Je pensais que c’était mon « baby blues » qui commençait à prendre des proportions inquiétantes. J’ai même cru que je devenais schizophrène. Après m’avoir écoutée, il m’a donné un papier et un stylo en me demandant, dans la mesure du possible évidemment, de reproduire ce phénomène d’écriture automatique. Ma main est immédiatement partie toute seule. Le message racontait en détails des événements marquants de la vie de mon psy. Il m’a dit : « Madame, vous n’êtes pas schizophrène. Vous semblez être médium et ce n’est pas de mon ressort ! ». Même si je ne comprenais pas ce qui m’arrivait, même si j’avais peur, je trouvais toutefois cette sensation plutôt agréable. Comme une douce énergie. Les voix de l’autre monde nous branchent en effet sur une fréquence sécurisante qui nous porte beaucoup. J’ai alors rapidement commencé à être rassurée, à lâcher prise et me laisser guider. 

Vous êtes journaliste. Comment l’intégrez-vous dans votre vie de tous les jours ?
 
Cela ne perturbe en aucun cas mon quotidien. Il y a des semaines entières où il ne se passe rien. Et puis, tout à coup, une voix réapparaît pour me demander d’aller aider quelqu’un. Ou alors c’est une personne ayant perdu un proche qui vient me voir pour que je contacte le défunt, et là, une voix me donne le feu vert : « ok, tu peux y aller! ». Si tout cela a changé ma vie de façon très agréable, je crois être restée moi-même. Je ne suis pas devenue une illuminée, une Madame Irma qui parle d’amour universel, qui médite et qui mange des graines à longueur de journée en cherchant à léviter ! Je vis ma vie d’humain concrètement, ici et maintenant. Et je m’applique à utiliser cette « possibilité » dans la plus grande rationalité en maintenant un équilibre entre cette vie matérielle et cet autre côté avec lequel parfois je communique. Et cela fonctionne très bien. 

Qui sont ces voix dont vous parlez et qui vous guident ?
 
Aucune idée. On ne m’a expliqué que très sommairement comment cela fonctionnait de l’autre côté. C’est une force extérieure. Mais une chose est sûre, il n’y a pas d’histoire de religion. « Qui êtes-vous ? » leur demandais-je au début. « C’est moi ! », répondait l’un. « Qui moi ? quel est ton nom ? » insistais-je. « Je ne m’appelle pas, me rétorquait une voix. Mais qu’importe puisque tu me reconnais. » Et c’est vrai. Car chaque voix a une énergie différente. Pendant quelque temps, c’est un groupe, et puis tout à coup, ce ne sont plus les mêmes, il y a comme un renouvellement d’équipe. Qui sont-ils réellement ? Jamais nous ne le saurons tant que nous ne serons pas passés de l’autre côté. Mais ce sont eux qui sont chargés de faire fonctionner ce que nous sommes. Je l’appelle la Hiérarchie.

Pourquoi vous ?
 
On me dit que c’est moi qui l’aie choisi avant d’incarner ce corps. Bien sûr, je n’en ai aucun souvenir ! Mais vous savez, ce n’est pas un don dont certains auraient hérité parce qu’ils le méritent plus que d’autres. On a tous en nous cette possibilité de communiquer avec l’autre monde. C’est comme une banque de données de l’invisible à laquelle on a soudain accès parce qu’on a « téléchargé » le bon logiciel. Une fois qu’on a ce logiciel en soi, on peut accéder à de nombreuses autres applications. Comme celles de guérir les autres ou de prédire l’avenir.

Textes choisis

Perte d'un enfant 

Il existe un mot pour désigner celui qui a perdu un parent – orphelin –, un conjoint – veuf -. En français, il n’en existe pas pour celui qui a perdu un enfant. Il n’y a pas de mot pour ça. Les parents en deuil ont perdu non seulement leur enfant, mais leur identité de parents. Sans doute, pour la plupart d’entre eux, l’événement le plus grave de leur vie.

Il n'existe pas de hiérarchie dans la souffrance, mais il est vrai que la mort d'un enfant est l'une des épreuves les plus difficiles à vivre, parce que la relation parents-enfants est très intense", explique Daniel Oppenheim, psychiatre et psychanalyste dans le Département de Pédiatrie de l'Institut Gustave-Roussy à Villejuif. "Et perdre son enfant, c'est être amputé d'une partie de soi. On est durablement endeuillé." Que ce soit des suites d’une maladie ou par accident, la mort d'un enfant plonge les parents dans un état de sidération. "La sidération ou le déni permet de figer le temps, le temps d'avant où l'enfant était encore vivant, ajoute Daniel Oppenheim. Tout ce qui pourrait les en distraire est impensable : le quotidien, le travail, les autres surtout. Ils s'enferment, ils s'isolent. S'ajoutent à cela la colère, l'agressivité, un sentiment profond d'injustice. Les parents ressentent une solitude extrême : leur entourage ne peut pas comprendre, personne ne peut imaginer leur détresse. Et puis, un sentiment de culpabilité les étreint : ils n'ont pas pu éviter la mort pour leur enfant alors que ce sont eux, en tant qu’adultes et parents, qui en étaient responsables. C'est un sentiment écrasant, précise Daniel Oppenheim. Tous les parents éprouvent un fantasme de toute puissance à l'égard de leur enfant et là, ils ont failli. Ils se sentent nuls, incapables de s'occuper de leurs autres enfants. 

Vais-je encore pouvoir vivre et aimer ceux qui restent ? se demandent-ils. Ils ont perdu leur identité de parent en perdant leur enfant. Reprendre pied dans la réalité demande du temps. C'est un long processus fait d'allers et retours, de rechutes, de moments de tristesse inévitables. Au début, l'idée même de faire des courses, de manger, ou de rendre visite à des amis semble indécente. Autant de moments où l'on ne pense plus au disparu, où l'on a l'impression de le trahir. Lui n'est plus là, je n'ai donc pas le droit de vivre : c'est une situation torturante, déclare Daniel Oppenheim. L'immense peur qu'ont les parents, c'est d'oublier cet enfant mort. Tout le travail du deuil consiste à parvenir, petit à petit, à établir une autre relation de mémoire et d'émotions avec le disparu, à intégrer en soi le souvenir de l’enfant défunt tout en vivant sa propre vie. Certaines familles, vingt ans après, n'y parviennent toujours pas. Elles demeurent dans la même détresse.
Elles sont restées figées.